Débrief du CES 2013

Le dernier CES vient de fermer ses portes à  Las Vegas, après avoir
réuni un nombre record de participants et d’exposants (plus de 3000). Comme
l’an dernier, pas de scoop fracassant, mais des tendances de fond qui se
précisent de plus en plus, et certaines qui apparaissent.

L’écran Roi

S’il y a un grand gagnant de ce CES, c’est l’écran. C’est une tendance de fond depuis plusieurs années, mais
cette année, il est le roi des 5 halls immenses du CES, le principal sujet de
recherche et d’innovation des marques technologiques, et le media de toutes les
interactions dans le futur, s’immisçant dans tous les moments de la journée du
consommateur-utilisateur.

Des écrans, au CES, il y en a pour tous les usages : le salon, la voiture, le frigo, la plaque de
cuisson, le mur du salon si on n’a pas d’écran, le mobile, le magasin, la
cabine d’essayage, la rue… Et cette année, la tendance était à l’écran de
grande taille, dans toutes ses variantes : la plupart des constructeurs de
TV présentaient des écrans de très grande taille, supérieur à 50 pouces voire à
80 pouces, et les constructeurs de mobiles, des smartphones ressemblants de
plus en plus à des tablettes…

Parmi les principaux signes de la
conquête de l’écran dans tous les usages du consommateur, on peut ainsi
citer :

  • L’écran Samsung dans un magasin qui, en se
    passant de la cabine d’essayage, permet d’essayer virtuellement le produit
    avant de l’acheter sur son image dans le miroir
  • L’écran dans la voiture, qui est désormais une
    fenêtre sur internet au travers d’applications mobiles, ou sur les organes
    vitaux de la voiture, et plus seulement l’écran de diffusion du DVD des enfants
    ou l’écran du GPS.
  • L’écran sur le frigo, permettant au travers
    d’applications mobiles (eh oui, bizarre, la catégorie mobile pour parler d’un
    frigo !) de gérer le contenu de son frigo, en allant du suivi des dates de
    péremption aux recettes proposées pour utiliser ce qui y reste,  en passant par le réapprovisionnement
    automatique du frigo quand il repère qu’il n’y a plus rien.
  • L’écran de très grande taille, utilisable en
    affichage digital urbain par exemple, et permettant des interactions entre le
    consommateur et le contenu de plus en plus riche au travers de la technologie
    tactile utilisable par plusieurs personnes en même temps par exemple.
  • L’écran dans toutes les pièces de la maison
    désormais connectée, pour contrôler l’éclairage, la climatisation, la
    consommation énergétique, la musique, le confort du lit, les volets, la cuisson
    des aliments dans la cuisine,  les
    exercices de sport, l’ensoleillement et l’arrosage des plantes…

L’image 4K et la 3D passive

Dans le domaine de la qualité de l’image, deux faits majeurs, hormis que la technologie LED semble avoir
définitivement  tué le plasma, l’image 4K et le 3D passif.

L’image 4K, comme 4000 pixels, est en effet reprise par tous les grands constructeurs, LG, Sony, Samsung comme
la grande nouveauté pour diffuser une image HD de très haute qualité. Et en effet,
on n’a jamais vu une image aussi nette et pure, et des couleurs aussi
éclatantes. « Plus nettes qu’en vrai », disaient tous les visiteurs,
devant ces images d’une netteté incroyable…

L’autre fait marquant, c’est que la bataille de la 3D est terminée. LG était le promoteur depuis le début de la
3D passive, c’est-à-dire visible avec une paire de lunette simple et légère à
5€, par opposition à la 3D active, nécessitant des lunettes énormes et très peu
confortables, équipées d’un moteur, et coûtant beaucoup plus chères. La guerre
est finie, et c’est le consommateur qui l’a décidé : les lunettes passives
sont beaucoup plus pratiques à porter, esthétiques et moins coûteuses. LG a
donc gagné la bataille de la 3D, et était le seul constructeur à laisser une
place très conséquente à la 3D sur son stand (dites plutôt booth, sur place),
en plaçant notamment à l’entrée un écran monumental de plus de 20 mètres de
large et de 5 mètres de haut, diffusant des films animés en real motion.
Bluffant.

L’autre fait significatif  de la 3D, c’est que la 3D sans lunettes a
totalement disparue, parce qu’elle n’a jamais vraiment fonctionné, à moins
d’être placé exactement à un point précis en face et au centre de l’écran.
Injouable dans un salon… Bizarrement,  le
seul stand où la technologie3D sans lunette était visible, c’est sur le stand
Audi, où un petit écran 3D diffusait une image 3D visible sans lunettes de très
bonne qualité et visibles sous tous les angles sur un écran embarqué dans une
voiture. Pour voir Avatar 2 en 3D sans lunettes, il va donc falloir installer
toute la famille dans la voiture !

Il est fort probable qu’il ne se passera plus grand-chose sur le plan de la 3D d’ici à 2014, année de sortie de
grands films 3D au cinéma, dont Avatar, année de Jeux Olympiques, qui seront
largement captés et diffusés en 3D, et où la saison de foot US sera également
captée et diffusée en 3D, comme la saison de basket aujourd’hui. A suivre,
donc, mais LG va être visiblement difficile à détrôner sur ce territoire.

La voiture connectée

Tous les constructeurs présents sur le CES – essentiellement asiatiques et américains, d’ailleurs – ont
concentré majoritairement leurs efforts sur la voiture connectée. Toutes les
voitures étaient ainsi connectées à internet via une carte 3G ou 4G embarquée,
et donnaient accès à un univers applicatif d’applications mobiles couvrant
principalement la musique, la recherche de lieux ou de commerces en situation
de mobilité, les réseaux sociaux, et le pilotage intelligent des organes vitaux
de la voiture.

Là encore, des applications comme s’il en pleuvait, mais globalement, les mêmes que celles installées sur la
plupart des smartphones ou des tablettes. En effet, tous les constructeurs à
l’exception d’Audi (quasiment le seul constructeur européen présent sur le CES)
ont choisi un OS ouvert, Android, pour proposer des applications tierces,
développées par les plus grands providers d’applications mobiles du marché.

Audi se distingue nettement de cette stratégie, et n’a ouvert son système qu’à trois grands du web :
Google, pour la recherche sur internet, Google Map et Google streetview, en
lien avec le GPS, pour la navigation et la recherche de commerces ;
Facebook pour la localisation géographique d’amis en lien avec le GPS ;
Twitter pour les flux d’informations de son réseau social ou des grands media.
Pour accéder au web, Audi a en effet choisi de n’installer qu’une
application : la sienne, Audiconnect, au travers de laquelle on enregistre
ses centres d’intérêts, ses parcours, ses voyages, ses playlists musicales. Et
c’est la voiture qui va chercher l’information qui nous intéresse. On comprend
alors bien l’intérêt pour le constructeur, de conserver le contrôle sur cet
univers : la donnée sur le consommateur reste la propriété intégrale
d’Audi, et fournit des informations capitales pour alimenter son programme CRM
en données « first party » comportementales.

Autre innovation majeure, la voiture auto pilotée et les systèmes de sécurité intelligents. Dans le premier domaine, Lexus était l’un
des seuls à montrer l’équivalent d’une Google car, capable de rouler sans
conducteur. Le seul hic avant que cette technologie ne se développe, c’est que
le système de caméras et de radars GPS nécessaire pour que cela fonctionne est
assez incompatible avec l’esthétique haut de gamme de la voiture… A suivre,
donc, une fois que la miniaturisation rendra cette fonctionnalité plus
discrète.

Quant aux systèmes des sécurité intelligents, chaque
constructeur a développé sa fonctionnalité spécifique, allant du système de
repérage de trajectoires permettant de remettre la voiture dans sa ligne, au
système anti-endormissement, au repérage de formes de nuit,  jusqu’au système anti-brouillard, permettant
de continuer à rouler pleins phares sans éblouir la voiture qu’on croise. Là
encore, Audi tire son épingle du jeu, avec deux simulateurs de conduite
installés sur le stand, pour faire vivre aux visiteurs l’expérience de ces
systèmes intelligents.

 

Enfin, sur le champ de bataille du système d’énergie
utilisée par le  véhicule, la conclusion
est claire, là aussi : l’hybride plutôt que le 100% électrique,
qu’uniquement Ford a illustré.

 

La TV connectée, les
applications et la donnée

 

Voilà plusieurs années qu’on attend de voir concrètement des applications intéressantes de la TV connectée, sans que rien de très
concret n’en ressorte. Le CES 2013 sera celui de l’avènement incontestable de
la TV connectée, sans passer par une box d’opérateur ou une console de
jeu : c’est aujourd’hui la TV qui est connectée à internet directement, et
ça change tout. Pub ou contenu cliquables, applications installées, VOD,
stockage via le cloud du constructeur ou du vendeur de contenus, télécommandes
intelligentes se transformant en souris, caméra embarquée installée sur la TV
pour communiquer à distance ou faire des exercices de sport, piloter la TV ou
jouer à des jeux… la TV connectée arrive enfin, avec ce qu’il faut pour qu’elle
soit vraiment utile dans les usages qu’elle propose. Le monde nouveau qu’on
nous annonçait s’ouvre maintenant pour les contenus et la publicité.

 

Conséquence directe du développement de l’écran dans tous les usages de la vie du consommateur, les
applications sont partout. Et finalement, on retrouve souvent les mêmes sur
tous les devices, développées sous le même système d’exploitation, qu’il
s’agisse de la TV connectée, de la voiture, du frigo ou du mobile. Samsung
présentait par exemple la possibilité d’administrer une publicité différente
pour une même marque sur la TV Samsung et sur la tablette. Un utilisateur, deux
points de contacts, deux messages différents pour une marque, et Samsung qui se
présente  dans un rôle d’adserver !

La bataille de la donnée est donc loin d’être terminée, car la vraie question est de savoir qui gardera la main sur toutes les données qui
en découlent. Dans un cas, c’est le constructeur lui-même, comme dans le cas de
Samsung ou d’Audi, qui développe ses propres applications ; dans l’autre,
c’est le développeur d’applications. Dans le premier cas, le constructeur
devient media, et aura l’occasion à la fois d’enrichir son système de CRM et de
vendre ces données à l’extérieur. Dans le second, les medias existants se
renforcent, en multipliant la collecte des données sur tous les devices,
l’unicité de l’OS permettant de toucher le consommateur à chaque instant de sa
journée, qu’il soit chez lui, dans sa voiture, au bureau, en train de se
déplacer, dans un magasin, etc…

Bref, la guerre de la donnée n’a pas fini de faire rage, et
de plus en plus d’acteurs y prendront part.

La place de la France

Pas de quoi faire un cocorico
quand on sort du CES en tant que français. 51 entreprises françaises exposantes
seulement sur 3500 entreprises au total. C’est très peu, pour les inventeurs du
TGV et de la carte à puces ! Notamment, aucun constructeur automobile
français n’était venu jusque dans le Nevada, alors qu’on connait leur besoin
d’émerger dans des marchés en croissance comme l’Asie ou les Amériques, dont la
plupart des visiteurs du salon étaient originaires.

Parmi les entreprises françaises les plus visibles, pour ma part aura été Parrot, présentant un spectacle de
danse de ses drones sur son stand, et proposant un dispositif et une
application de contrôle de l’ensoleillement et de l’arrosage à distance des
plantes de la maison. Les autres étaient assez discrètes, et toutes, des
entreprises de taille modeste, en général développeurs d’applications ou
fabricants d’accessoires. A l’heure où la compétitivité de la France agite à ce
point le débat politique, et où l’innovation est au centre de toutes les
réflexions, on ne peut que trouver dommage que l’image de la France qui innove
ne soit véhiculée que par quelques start-ups, et pas par nos plus grandes
marques qui, pourtant, n’ont souvent pas à rougir.

Comme l’an dernier, le CES 2013 n’aura pas été l’occasion d’annonces fracassantes sur des innovations « never done
before » par l’une ou l’autre des grandes marques technologiques du monde.
Mais sa visite permet de voir à quel point certaines innovations s’ancrent
désormais dans les usages concrets. Et celles qui gagnent sont celles qui
suivent le mieux les usages du consommateur, dont le nom n’est jamais
explicitement cité par toutes ces entreprises dirigées par de grands
ingénieurs. Mais il était partout, et dans tout.

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